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Harcèlement: 6. L'emploi du temps
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6. L'emploi du temps
novembre 98

dimanche 7 avril 2002,  par Crypto


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Les stagiaires sanctionnés se tournent vers l'inspection du travail. La démarche, simplement légale, est prise par B... comme une agression insondable. Le directeur du centre tente de faire plier les revendicateurs par un dialogue démagogique. À l'atelier l'ambiance devient irrespirable.

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Dominique a déjà l'expérience des conflits de par son passé d'ouvrier et me propose de saisir l'inspection du travail. La démarche est inédite pour moi, si bien que je culpabilise de plus belle. Or le dialogue qui s'instaure avec la contrôleuse du travail nous fait beaucoup de bien. En effet, pour la première fois nous ne sommes pas traités comme des êtres malveillants. Nous sommes reçus en tant qu'interlocuteurs légitimes et non en tant que coupables. La contrôleuse s'étonne du climat psychologique que nous décrivons et demande : « Est-ce que vous voulez qu'on intervienne ? » La question me fait culpabiliser un peu plus mais nous répondons oui.

Notre visite à l'inspection du travail est perçue par B... comme une agression inimaginable. Au cours de la réunion du café du 12 novembre il lance à la cantonnade : « [Crypto] et Dominique sont allés à l'inspection du travail. On sait ce que ça veut dire si jamais ils [les inspecteurs ?] débarquent ici... C'est la fin du stage ! ! ! » Inévitablement, les stagiaires fanatisés s'en prennent alors violemment à nous. « Je te préviens, tu vas pas me pourrir mon stage... Pour moi, ce stage, c'est la chance de ma vie... Trouduc ! » Et autres injures à connotation uro-génitale. Je répondais de manière désespérée : Mon stage est aussi important que celui des autres ! B... disait : « On est dans un stage pour adultes. » Allusion identitaire qui fonctionnait horriblement bien. Naturellement les injures, publiques, ne sont nullement tempérées par B... qui, une fois qu'il a lancé sa bombe, se pose toujours en victime impassible et désolée.

Le lundi suivant, le directeur du centre nous fixe un rendez-vous, Dominique et moi, précisément à huit heures... L'homme, distingué, affecte de prendre les choses avec recul. « On m'a parlé d'un petit problème. » De façon démagogique, lui aussi me propose de boire du café. Par un discours paternaliste, il tente de me faire renoncer à la revendication et même à la formation elle-même. Il fait un exposé assez scolaire sur la nécessité d'un horaire dans la société et réagit ainsi : « Je vous informe que l'horaire ne peut être individualisé... Voyons, peut-être notre programme ne correspond-il pas à votre attente ? Vous êtes intelligent... Peut-être faut-il remettre votre stage à une prochaine session [ !] » Il me suggère de prospecter des entreprises afin d'effectuer ma formation chez elles (mise au placard ?). Et surtout, il me suggère de rester sur place le week-end. « L'État met à votre disposition un hébergement. » Autrement dit, non seulement il n'accède pas à notre revendication, mais demande par le biais de sous-entendus que nous sacrifions un peu plus notre vie personnelle. B... assiste à l'entretien et manifeste un respect surprenant de la hiérarchie, en contradiction avec son discours habituel ; son attitude est compassée, presque effacée. On croirait de la veulerie. Enfin, le directeur me rappelle que la psychologue est à ma disposition, renversement des rôles humiliant. Devant ma détermination, le directeur perd un peu de sa superbe.

Mais notre visite à l'inspection du travail aura fini par porter ses fruits semble-t-il, puisqu'un jour apparaît une note de service : « Un emploi du temps vous est affiché... » Soit-dit en passant, on appréciera la prose répétitive du directeur (il nous gratifiera plus tard d'un superbe : « Un repas de Noël vous est proposé... »). Donc, dorénavant, un horaire légal de trente-neuf heures sera affiché dans l'atelier ! Nous commencerons effectivement à neuf heures le lundi matin. Et à huit les autres jours, ce qui nous dispense des grand-messes narcissiques du matin. Ce petit quart d'heure arraché à l'emprise de B... est souverain.

Naturellement l'affichage a pour effet d'exacerber les tensions. Les revendicards sont toujours vus comme des traîtres qui ne jouent pas le jeu, qui menacent le stage. Presque chaque jour ont lieu des lynchages collectifs. Les stagiaires fanatisés récitent alors purement et simplement les slogans en vigueur. « Tu ne te donnes pas les moyens... On est un groupe... Il faut faire des sacrifices. »

Mais d'autres, plus lucides, interviennent pour rétablir un peu de justice. Christophe : « [Crypto] c'est celui qui prête ses outils. » Il est vrai que je mettais mon matériel d'artisan à la disposition des autres stagiaires, que mes outils suppléaient efficacement le matériel médiocre de l'AFPA. Il est vrai également que je donnais beaucoup de ma personne pour enseigner le métier aux autres. Le lynchage finit par provoquer de la compassion et des prises de conscience. Dominique :« Faut qu'il [B...] arrête sa haine. » Le nombre de stagiaires rebelles grandit. Gérard dit qu'il se sent beaucoup mieux depuis qu'il a choisi son camp.

L'ambiance qui règne à l'atelier est irrespirable. Elle produit une fatigue nerveuse que nous tentons d'effacer le soir, dans les cafés de la ville. Utilisation de l'alcool sédatif. À chaque débauche Dominique nous dit : « Je suis fracassé. » Nous dormons peu et mal, Gérard constate que ses cheveux blanchissent et dit qu'ici « c'est comme la prison. » Nous sommes plongés dans la confusion à un point tel que nous passons des soirées entières à essayer d'analyser, de rationaliser, les dires et les agissements de B...

Au foyer de l'AFPA, « l'animateur de vie collective » Lionel nous révèle que « B... est égal à lui-même... Tous les ans il y a des problèmes. » La rumeur dit aussi que le stage précédent a connu un suicide et que les départs précipités semblent être monnaie courante. B... est-il un récidiviste ?

 

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« Cet état de stress chronique peut se traduire par l'émergence d'un trouble anxieux généralisé, avec un état d'appréhension et d'anticipation permanent, des ruminations anxieuses qu'il est difficile de maîtriser, un état de tension permanente et d'hypervigilance. »

Précédent      À suivre...

Crypto
-rédacteur