« La crédibilité passe par là... »
« Une association contre le harcèlement moral doit respecter les règles morales qu'elle essaie de défendre. Il faut couper les membres qui amènent la gangrène... et même si c'est la « tête », elle doit être remplacée, la crédibilité passe par là sinon le travail des membres est dévalorisé, la culpabilité de laisser en place une personne malfaisante vous fera tous souffrir... »
Ces propos d'un visiteur anonyme, malgré leur manque relatif de pondération, nous ont parus empreints de bon sens ; les associations comme les services publics, les organismes privés et les mouvements de toute sorte, pourrissent de la culpabilité qu'ils n'assument pas.
Ainsi, à quoi rime de gloser sur le harcèlement ou de s'approprier la position de victime dans le discours si, dans la réalité, ceux-là même qui pleurent et qui geignent laissent faire, sans lever le petit doigt, un processus de harcèlement à l'encontre des employés d'une association dont ils sont membres ?
De fait, le déroulement de l'affaire Pagano suggère que la question n'est pas purement académique.
Résumé. En mars 1999 Françoise Pagano fonde une association de victimes de harcèlement moral, l'ANVHPT. L'association se développe rapidement ; elle compte près de 700 adhérents en 2001. Puis tout s'effondre en quelques mois. Les employés, privés de travail depuis novembre 2001, se plaignent de brimades multiples. Quatre d'entre eux déposent plainte aux prud'hommes. Les dirigeants qui succèdent à Mme Pagano en février 2002, élus par la grâce de sa généreuse bienveillance - parmi lesquels figurent la présidente, Colette Gazeau, et la vice-présidente, Maryse Baukel - liquident l'association avant le jugement, sans consulter les adhérents.
Les modalités de l'effondrement sont, paradoxalement, à l'opposé de ce qu'on pourrait croire. On imaginerait que les employés aient alerté la presse, que les articles aient provoqué un scandale qui aurait amené les adhérents à fuir, ce qui aurait déclenché l'écroulement.
Eh bien, pas du tout ! Le premier article de presse paraît le 25 janvier 2002. À cette date, le nombre d'adhérents est tombé de 700 à environ 200 ; l'effondrement est déjà un état de fait. Il a été méthodiquement préparé fin 2001 par Mme Pagano elle-même, notamment par le blocage des adhésions en novembre 2001, par l'absence de demande de subvention pour l'année 2002 et par la résiliation du bail des bureaux de l'ANVHPT, rue Frédéric Mistral à Arles. La liquidation ultérieure, menée par ses fidèles, parachève le processus.
Ce comportement paradoxal - les dirigeants ruinant de leur propre initiative l'organisme dont ils ont la charge - est bien plus fréquent qu'on ne pense, bien qu'il reste relativement tabou de l'évoquer. Nous disposons d'ailleurs d'un avis autorisé de Mme Pagano elle-même, s'appliquant au contexte du harcèlement moral [1] ; dans une interview donnée à la revue Lien social, celle-ci a rappelé que le harcèlement « vise toujours à aller à l'encontre de l'intérêt de l'entreprise ou de l'administration concernée » [2]. Par pure coïncidence, le blocage des adhésions mis en oeuvre fin 2001 par la dite Françoise Pagano présente justement les deux facettes du processus ; il s'agit à la fois d'une menée privant les employés de travail - la mise au placard - et d'une atteinte aux intérêts de l'association, suffisamment grave pour déclencher son effondrement à court terme.
Ceci dit, lors de la crise quelle fut l'attitude des administrateurs de l'ANVHPT ? des membres d'honneur ? des adhérents ?
Le rêve
Logiquement, on attendrait que tous les témoins se soient levés comme un seul homme au premier signe de brimade à l'encontre des employés ; et les signes n'ont pas manqué : avertissement au fondement douteux infligé à l'une des employées, relégation d'un employé dans la cuisine, lettre culpabilisante, blocage incompréhensible des adhésions pour déboucher début 2002 par une convocation passablement délirante à l'assemblée générale, entre autres éléments consultables sur notre site.
Et nous sommes loin d'avoir tout mis en ligne ; les employés seront soumis à un véritable bombardement de lettres recommandées, ergotant et bâtissant sur le moindre détail pour rejeter la responsabilité du désastre sur eux.
S'il ne s'agissait que du premier problème de ce genre ! À peine l'ANVHPT était-elle fondée qu'apparaissaient les premières plaintes concernant le comportement agressif de Mme Pagano ; elle s'attaquera régulièrement aux administrateurs, renouvelés par fournée chaque année, sans omettre de détruire le site internet de l'association au passage, tout en posant continuellement à la victime éplorée de l'axe du mal.
La totalité des administrateurs, une partie des adhérents, quoi qu'ils disent après coup, n'ont pas pu ne pas connaître des événements.
On s'attend donc à ce qu'ils aient manifesté publiquement leur opposition à des comportements qui menaçaient de ruiner la crédibilité, déjà faible, des associations affichant un discours de lutte contre le harcèlement.
Pour supprimer toute trace d'ambiguïté donc, tous les intervenants ont forcément pris des mesures énergiques afin que cessent immédiatement les agissements de Mme Pagano ; à défaut, ils auront tenté de réparer le préjudice infligé aux victimes, ou manifesté hautement leur désaveu de la présidente de l'ANVHPT, n'est-ce pas ?
Ils auraient ainsi saisi une magnifique occasion de démontrer qu'ils savent balayer devant leur porte ; et rehaussé significativement leur crédibilité en apportant la preuve qu'ils ont appris à distinguer les vraies des fausses victimes comme Françoise Pagano, ce qui reste et restera toujours le talon d'achille des associations de défense contre le harcèlement.
Les adhérents, de leur côté, ont certainement appuyé de toutes leurs forces cette exigence élémentaire de transparence et d'honnêteté, et vigoureusement pris le parti des victimes présumées - les employés de l'ANVHPT - n'est-ce pas ?
La réalité
Pas de chance, il s'est produit à peu près l'opposé ; mais sans que cet opposé soit assumé comme tel par quiconque.
Seuls quatre administrateurs ont pris la défense des employés ; ils ont d'ailleurs subi une agression violente de la part de la majorité du conseil d'administration.
Les adhérents ont manifesté au choix le spectacle d'une dévotion sidérante pour Françoise Pagano ou bien l'égoïsme le plus complet.
Les membres associés et les administrateurs majoritaires ont fait passer les employés, et non pas Mme Pagano, devant une sorte de tribunal mis en scène de manière théatrale et passablement hystérique. Tout le processus de la crise se ramène à une mise en accusation continuelle des employés. Aucune instance n'a joué son rôle. Mme Pagano, constamment juge et partie, participera aux réunions des membres associés - parmi lesquels figurait Maryse Baukel - sans que ceux-ci élèvent la moindre objection.
Entre les messages de soutien à Mme Pagano, dont nous avons même reçu des exemplaires sur le site, les insultes subies par les employés, le refus des autres associations de les aider [3] l'expérience suggère que le comportement de la grande majorité des intervenants est à l'opposé de l'appel de notre visiteur.
Si on devait résumer ce comportement, il ne serait sans doute pas abusif de dire qu'il se déroule constamment dans le déni du harcèlement ; le processus a été exactement semblable à la formation du rempart de protection du coupable observé de manière quasi-systématique dans les affaires de harcèlement.
Cette situation n'est pas non plus sans rappeler le comportement des associations caritatives lors de l'affaire Crozemarie, ou celui de l'église catholique vis-à-vis des prêtres pédophiles. De fait, à notre connaissance, aucune association de victimes de harcèlement n'a condamné publiquement l'attitude de Françoise Pagano.
De là, peut-être, la réputation peu enviable dont les associations de victimes de harcèlement commencent à être collectivement entachées, faute du minimum de décence évoqué par notre visiteur.
Et Maryse Baukel dans tout ça ?
« Après conseils pris auprès de notre membre associée... »
Les membres associés étaient choisis individuellement par Mme Pagano, qui conservait jalousement les fils du pouvoir dans l'association [4] ; Selon les statuts, les membres associés « sont des personnes physiques. Ils concourent aux travaux de l'association et soutiennent ses buts sans être victimes eux-mêmes. Ils sont dispensés de cotisation et ont voix délibérative ». En pratique, leur contribution est à peu près inexistante jusqu'au début du conflit.
Mais voici une lettre du 4 octobre de Mme Pagano aux administrateurs. À cette date, les employés, excédés des brimades quotidiennes depuis plusieurs mois, ont déposé un préavis de grève d'une journée :
 
La lettre complète est jointe au présent article.
Mais qui peut bien être cette « Inspectrice du travail » qui, n'écoutant que sa générosité et son bon coeur, aurait, selon Mme Pagano, apporté ses conseils de « spécialiste », et lui aurait ainsi fourni des arguments pour expédier une nouvelle série de lettres recommandées aux employés ? Suspense.
Une semaine passe. Nouvelle missive aux administrateurs :
  
L'« Inspectrice du Travail » qui aurait prodigué à Mme Pagano l'aide et l'appui de ses excellents conseils est maintenant désignée par son nom. Surprise.
Quelle est la version de Mme Baukel ?
Voici comment elle décrit sa rencontre avec l'ANVHPT, puis son comportement lors du harcèlement présumé des employés, selon un message publié sur notre forum :
« Je suis outrée par les propos tenus dans ce forum me concernant. Je ne suis pas une affidée de Mme PAGANO, j'ai connu l'ANVHPT parce qu'un membre de ma famille a été harcelée [sic] [5].
« J'ai été mandatée par les membres associés pour écouter les salariés et essayer de comprendre leur problème avec Mme PAGANO.
« J'ai fait un rapport que je tiens à la disposition de quiconque qui n'était pas favorable à Mme PAGANO. »
Discrète pudeur féminine ? Simple oubli ? Mme Baukel ne mentionne donc pas l'activité de conseil auprès de Mme Pagano que suggèrent les documents ci-dessus. De plus, à notre connaissance elle n'a jamais rendu public le rapport mentionné ; en réalité, c'est nous qui l'avons publié. Ce type de détail présente toujours de l'importance dans les situations de non-dit.
La lecture du « rapport » soulève le commentaire suivant. Il s'agit d'un compte-rendu totalement dépourvu de conclusion. L'en-tête se termine ainsi : « il m'a semblé opportun de vous rendre compte textuellement des propos tenus par les salariés. M. BAUKEL ». De fait, le compte-rendu ne fait état que de propos des employés, et nous accorderons à Mme Baukel de les avoir transcrits fidèlement.
Mais justement ; en écrivant que « ce rapport [...] n'était pas favorable à Mme Pagano » Maryse Baukel laisse entendre, tout en restant dans le vague, que ses conclusions auraient été défavorables à Mme Pagano. En fait, les seuls aspects défavorables du compte-rendu sont les propos des employés eux-mêmes, qui passent en revue certaines des brimades qu'ils auraient subies.
Le problème est que Mme Baukel se garde bien de les commenter ou de les confirmer, ni d'en tirer la moindre conséquence !
Ce qui distingue le document, contrairement à ce que laissent entendre ses propos actuels, est précisément que Mme Baukel ne tire aucune conséquence des plaintes des employés. Selon nos informations, Mme Baukel semble à l'inverse avoir repris ultérieurement le discours de Mme Pagano, qui dénie tout harcèlement. En particulier, selon un témoignage de Pierre, « Je me souviens dans une conversation, vous avoir entendu dire très explicitement que le problème avec les salariés n'était pas du harcèlement mais un conflit. »
En d'autres termes, maintenant que l'affaire est publique et tout en restant dans un flou propice à toutes les interprétations, Mme Baukel laisse entendre qu'elle aurait vaillamment pris la défense des employés. L'ensemble de son intervention suggère ce sous-entendu, bien qu'il ne soit pas affirmé clairement.
Mais la réalité, telle qu'elle transparaît de son propre rapport écrit, ainsi que de son attitude ultérieure, est nettement plus ambiguë. En particulier, elle n'a rien fait pour tenir Mme Pagano à l'écart de ses cibles. En cela, rien ne la distingue de la grande majorité des membres associés ou du conseil d'administration de l'ANVHPT. Seule une très petite minorité d'entre eux a pris la défense des employés, suscitant une agression à la fois farouche et basse de la part des « paganistes ».
« Lors de l'A.G. [...] je me suis portée candidate... »
Nous avons gardé pour la bonne bouche une déclaration remarquable de Mme Baukel sur le forum :
« En février 2002 à PARIS, lors de l'A.G. voyant que la volonté de Mme PAGANO était de dissoudre l'association et ne comprenant pas le désordre général, je me suis portée candidate afin d'être membre du bureau car étant touchée au sein même de ma famille par le harcèlement je ne pouvais souffrir que cette association disparaisse. »
À lire ces mots, nous fûmes émus du courage et de la généreuse compassion affichés par Mme Baukel. Sa candidature à la direction de l'association était donc spontanée et motivée par les meilleures intentions du monde ; c'était une sorte de don de soi.
De plus, elle qui était la personne probablement la mieux informée des griefs des employés, puisqu'elle les a longuement reçus, se plaint de « ne pas comprendre le désordre général. » Quel admirable témoignage de modestie. Ah certes, nous écrasâmes pudiquement la larme qui nous vint au coin de l'oeil devant tant de vertueuse pudeur. Une vraie sainte, cette Maryse Baukel.
Un très beau discours en somme, dont le principe est d'ailleurs de remplacer la réflexion par l'émotion.
Hélas ! la réalité est têtue. Voici un extrait du compte-rendu de l'assemblée générale du 16 février 2002 :
  
En nous excusant de la piètre lisibilité du document, nous en reproduirons le paragraphe suivant :
« Les candidatures parvenues par courrier aux fonctions du Conseil d'Administration de l'ANVHPT pour les années 2002 et 2003 sont les suivantes :
Mmes BAUKEL, [...] FEUILLAQUIE, [...] HOUNGUES, FRANTZ, DUBAUX et Mrs. MESKEL, PIRROTTINA. »
La candidature de Mme Baukel était donc tellement spontanée qu'elle fut déposée à l'avance, par courrier, auprès de Mme Pagano ; la courageuse opposition de Mme Baukel était d'ailleurs telle qu'elle fut élue par une assemblée largement dominée par Françoise Pagano ; élue après le départ des véritables opposants, écoeurés de la complaisance et de la soumission de la masse des adhérents, et dont Mme Baukel s'approprie la position a posteriori.
Enfin, le désir de Mme Baukel de sauver l'ANVHPT était tel qu'elle revendique la demande de liquidation judiciaire qui suivit de peu l'élection de ce bureau (« [...] j'ai alerté sur la situation catastrophique de l'association et après accord, j'ai saisi le Tribunal d'Instance de TARASCON en lui faisant part de la situation que j'avais constaté d'où liquidation »).
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Quelques mois plus tard, Maryse Baukel, revêtue de probité candide et de lin blanc, fonde l'APLHAMOTRA, entourée de la dévotion admirative d'un modeste rempart de fidèles.
[ 1] Rappelons que la justice n'a pas statué sur la plainte des employés de l'ANVHPT à la date de parution du présent article. Le lecteur peut se faire une idée des événements en parcourant la rubrique ANVHPT du site.
[2] Lien social, interview de Françoise Pagano par Guy Benloulou, date inconnue.
[3] Ainsi le président de Harcèlement moral stop, Loïc Scoarnec, aurait admis avoir refusé de défendre les employés de l'ANVHPT.
[4] Mme Baukel déclarera avoir été recommandée par les employés. Nous avons posé la question aux employés. Réaction sêche : « Baukel ? C'est une paganiste ! » En résumé, les employés contestent nettement la version des faits de Mme Baukel.
[5] C'est la raison pour laquelle nous nous sommes permis de présumer qu'un « membre de [la] famille » de Mme Baukel a pu venir gonfler les considérables effectifs de l'APLHAMOTRA.
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