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Harcèlement: « J'en veux pas à Sandrine »
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« J'en veux pas à Sandrine »

lundi 15 septembre 2003,  par Crypto


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À la date où commence ce récit, courant 2001, Sandrine vient d'achever ses trois ans d'apprentissage chez un facteur de pianos du Lot. Pendant un an, elle a préparé son projet professionnel : restaurer des pianos anciens. « Je voulais faire ça depuis toute petite ! »

Intéressée par la formation de restauration du mobilier d'art du centre AFPA de Chartres, elle a appelé plusieurs fois le formateur, Claude Berthier. Malgré quelques mauvaises réponses aux tests psychotechniques, celui-ci la rassure : « C'est pas grave, on arrangera ça. » Sandrine est sélectionnée.

Il lui reste peu de temps pour organiser sa rentrée qui a lieu le 27 août 2001. Sandrine loue un appartement dans le centre-ville. Elle emmène tout avec elle : sa chienne Bibi, son chat Maou, ainsi que son grand piano à queue. Très motivée pour réussir cette formation d'un an, elle ne sait pas encore qu'on la fera craquer en quelques semaines...

Témoignage rédigé par Sandrine, transcrit par mes soins et publié avec son accord.

« Nous sommes une dizaine de stagiaires, dont cinq filles. Je suis la plus jeune. Dans l'atelier, nous commençons par faire du nettoyage, par raboter les établis, les mettre à la bonne hauteur, et par faire l'inventaire des outils. Moi et Marie, une autre élève, sommes chargées de remplir le plus de placards à outils possibles. De bonne foi, naïve, j'arrive à en remplir plusieurs, mais le mien est quasi vide. Cela ne m'inquiète pas, car nous avons dressé la liste des outils manquants qui doivent être rajoutés.

« On se réunit souvent pour entendre les belles phrases de Monsieur Berthier, des mots, des discours auxquels on ne comprend rien. On se croirait déjà dans une secte, c'est vraiment bizarre comme ambiance. M. Berthier dit qu'il veut doubler toutes les autres écoles. « On » ne comprend pas que notre école soit dévalorisée par rapport à l'IFROA [1]. Il dit qu'il reçoit régulièrement des plaintes d'artisans ou d'associations mais qu'il est très appuyé politiquement. Il nous lit des lettres qu'il fait à des gens importants, des lettres cassantes, des délires pour rembarrer des gens qui l'embêtent apparemment pour qu'il fasse sa formation. Il cherche à casser ce qui peut être dit sur la formation et lui faire entrave. Il nous dit, pour nous faire peur, que « la formation peut se terminer du jour au lendemain ». Il dit qu'il parle au nom de tout le monde, pour que la profession se perpétue.

« Le midi, tout le monde s'assoit ensemble, lui vient manger et il faut s'asseoir à côté de lui. « Nous sommes tous ensemble. » Il ne faut pas se mélanger avec les stagiaires des autres formations, pas même avec les ébénistes. On vit une sorte d'incitation morale bizarre. Quand on rentre dans la cafétéria, le cuisinier nous distingue tout de suite : « Tiens voilà les restaurateurs ! » Berthier parle des autres stagiaires du centre, par exemple les plombiers, comme si c'était des nazes. On est « l'élite ». Le milieu est très fermé, on ne doit parler à personne. Trois stagiaires viennent chez moi un soir pour faire un devoir ensemble. On boit un café naturellement ; une voisine frappe à la porte, ils ont l'air gênés, comme si la présence d'étrangers les mettait mal à l'aise, comme s'ils étaient conditionnés. Ce sera la seule et unique fois que d'autres stagiaires viendront me voir.

« À l'atelier, je ne peux pas faire le moule à beurre [la première pièce d'exercice] par manque d'outils. J'apporte les quelques outils personnels que je possède et je demande quand les autres arriveront. Pas de réponse. Pendant ce temps, les autres travaillent et ils ne prêtent plus leurs outils. Tout le monde a compris ce que voulait Claude Berthier... Je n'ai ni varlope ni rabot. Je demande aux autres de m'en prêter. Ils me répondent : « Non, on en a besoin, t'as qu'à prendre dans ta caisse. » Pendant ce temps-là, les outils n'arrivent pas...

« On fait des groupes pour faire des recherches le soir à la bibliothèque de l'AFPA. On nous donne des poly et des poly de cours, en disant « On est dans une formation pour adultes ! » Je passe pour la gamine. Ils me disent « C'est pas une récré ! C'est pas l'école ! » Berthier dit ça sans arrêt. « On n'est plus à l'école ! On n'est plus à l'école ! » Il paraît fier de ce qu'il prétend apprendre à ses stagiaires. On travaille bien plus que huit heures par jour. Et si on n'habite pas au sein de l'AFPA, il faut quand même rester jusqu'à minuit au moins.

« Avec un autre élève, on a failli se battre dans la salle des machines. Il a fait son sujet tout seul et j'ai vraiment pas compris ce qui se passait, on ne s'est même pas parlés, alors qu'on avait un sujet à faire ensemble ! Il a dû faire ça la nuit. Moi, j'ai toujours refusé de rester le soir. J'habitais pas avec eux. Mon copain venait me chercher. J'allais au sport, dans une salle de musculation, faire du vélo, il fallait à tout prix que je me détende !

« Arrive le jour où Berthier se rend à Brive pour emporter les deux sièges que le musée a accepté de me laisser à restaurer pendant le stage. Avant la formation, j'étais allée voir plusieurs musées, pour trouver un meuble, dont celui de Brive où il y a le piano de [Debussy]. Berthier ne s'est pas entendu du tout avec la conservatrice. Il est revenu en disant qu'il avait été mal accueilli et a dit : « J'en veux pas à Sandrine ! », en appuyant bien, comme si c'était moi la responsable !

 

Il monte la tête à tout le monde


« Voyez-vous, dans tout le groupe, deux personnes vivent en dehors du centre AFPA : un jeune papa de vingt-sept ans, et moi parce que je considère que j'ai ma vie privée. M. Berthier me harcèle dès le matin. « Je te défie d'arriver plus tôt que moi le matin ! » me répète-t-il, alors que je suis à l'heure. Il veut que j'arrive toujours plus tôt. Il me met mal à l'aise, me laisse entendre que je n'ai rien à faire là. M. Berthier parle et parle encore. L'ambiance est très mauvaise, plus ça va et plus les autres élèves me chahutent. Je suis en bout de table, et avec les piques qu'il me balance, les autres ne me regardent même plus. J'apprends plus tard, par Marie et Séverine, qu'il a parlé à tous les stagiaires en dehors de ma présence pour dire du mal de moi.

« Je vois un docteur à Chartres. Il me bombarde de cachets, il pense que tout peut se résoudre comme ça, c'est pas quelqu'un qui m'a comprise à ce moment-là. Il me conseille quand même d'aller voir un psychiatre. Suite à cela, je commence une psychanalyse.

« Plus rien de va, je pleure souvent, je bois du whisky, des bières. Le soir, je prends des médicaments. Claude [Berthier] me fait pleurer et me pousse à bout. Il me harcèle toujours, pour rallonger les journées, pour que je sois là la première, pour que je vive au sein de l'AFPA. En fait, il faut que tu donnes ta vie, que tu dormes là-bas, etc. Il me fait des histoires avec les gens. Par exemple il me fait douter que je pourrais avoir volé des livres. Il fait toujours des commentaires à me faire péter les plombs. Il m'engueule carrément : « Comment t'as fait ça ! Qu'est-ce que c'est que ça ! » Ou alors, il me met de côté. Quand il fait la tournée des établis, il passe devant le mien et dit ironiquement : « Là c'est même pas la peine... On connaît le cas de Sandrine ! » Il me « casse » tout le temps. L'ambiance est très mauvaise. Il monte la tête à tout le monde et puis s'en prend directement à moi, en retournant la situation devant les autres. Il me fait pleurer tout le temps, y compris en public. Une fois, je me suis même absentée, je n'en pouvais plus.

« Quand les autres me voient pleurer, il ne réagissent pas, ils me laissent, ils n'en ont rien à foutre. Aucune parole d'amitié. Si jamais ils font quelque chose, ils vont être dans la merde aussi. Ce n'est pas qu'ils sont inhumains, c'est que ce sont des moutons, je pense. Ils deviennent méchants entre eux. Des gens, pourtant gentils au début, ne me parlent plus. On marche sur l'autre, on ne se prête pas ses outils, on n'aide pas Sandrine...

« Il y en a qui ont quand même des petits gestes. Marie, qui a une fille de mon âge, m'aide quelquefois, mais me dit qu'elle ne peut pas le faire devant M. Berthier et qu'elle comprend ma douleur. Beaucoup de stagiaires voient ce qui se passe mais ils ne pensent pas que ça pourrait leur arriver. En secret, Marie m'avoue carrément : « Il ne faut pas que je te parle, parce que sinon ça va mal se passer. » Quand elle me prête un outil, elle dit qu'il ne faut pas que je dise qu'elle me l'a prêté. Les autres me disent qu'ils ne peuvent pas me parler non plus parce que sinon il va se mettre contre eux. Pendant ce temps, Berthier s'absente souvent, et moi je n'ai toujours pas d'outils pour travailler ! Un jour qu'il est parti pour la journée, lors d'une pose-cigarette, certains stagiaires me disent : « T'as vu, t'avance pas ! Moi je reste jusqu'à huit heures du soir. » Il y a une fille bizarre, quarante ans, qui n'a jamais fait d'ébénisterie et qui a beaucoup de difficultés mais qui joue les grosses bosseuses, elle est pas gentille avec moi ! Elle ne m'adresse jamais la parole. Sophie non plus n'est pas gentille du tout. « Qu'est-ce que tu fais là ? Pourquoi tu fais ça ? Tu n'as rien à faire là ! » Michel, mon voisin d'établi, me confirme que Berthier leur a parlé pour leur dire qu'il ne fallait pas que je reste là, que j'étais jeune et que mon projet n'était pas concret. J'étais étonné que Michel, un stagiaire comme moi, ne semble pas mieux comprendre la situation. Il paraît qu'après mon départ, c'est lui qui « a pris ». Paraît-il que M. Berthier s'en est pris à d'autres stagiaires, que certains vont jusqu'à arrêter leur formation en cours de route, mais surtout que beaucoup continuent et dépriment totalement. »


[1] Institut français de restauration des oeuvres d'art.


_________________________

-> « J'en veux pas à Sandrine »
(1/5) 14 octobre 2005, par Luc Dubois

-> « J'en veux pas à Sandrine »
(2/5) 25 février 2004, par Rosaline

-> « J'en veux pas à Sandrine »
(3/5) 23 décembre 2003, par nous sommes des milliers

-> « J'en veux pas à Sandrine »
(4/5) 4 novembre 2003, par Patricia

-> « J'en veux pas à Sandrine »
(5/5) 24 octobre 2003, par moi


FORUM

> « J'en veux pas à Sandrine »
14 octobre 2005, par Luc Dubois début du forum

Je tiens ici à apporter mon témoignage.Certes,ma formation remonte loin (1985-1986)à Chartres.

J'ai vécu cette formation (ébéniste) l'année où Claude Berthier a concouru aux MOF.Cette formation est un des plus beaux souvenirs de ma vie.Berthier nous a donné le goût de l'exigence et du travail parfait. L'ambiance a toujours été bonne et conviviale,nous n'avons pas été manipulés ni harcelés ni maltraités, aucun d'entre nous,certes Berthier est exigeant mais je dois lui dire merci de m'avoir donné le goût d'aller aussi loin dans le travail. Nous aussi faisions des heures et des heures,mais c'était du pur plaisir,personne ne nous le demandait,le soir on allait travailler,on y passait nos week-ends,c'est peut-être la différence entre la passion d'un beau métier et le désir d'apprendre et le fait de devoir se rendre à un "boulot" comme un autre.Je n'ai qu'un seul regret concernant cette formation :qu'elle nn'ait pas duré plus longtemps ! Partout où je suis passé après,mon savoir-faire a été reconnu et j'ai épaté plus d'un patron,sans vouloir me la jouer. cette formation m'a donné une vraie vision d'excellence dans ce travail,qui est d'ailleurs plus qu'un travail pour moi. evidemment,chacun aura vécu ces formations à sa façon,mais je crois que Berthier est fin psychologue et savait déceler ceux qui avaient envie et ceux qui ne l'avaient pas. ce n'est pas lui qui nous poussait,c'est nous qui le tirions pour en savoir toujours plus ! il n'a jamais été avare d'aide et de conseils et donner de son temps pour nous. Vraiment,je dois lui dire un grand MERCI pour ce qu'il m'a appris. J'espère que ce courrier sera publié mais j'en doute,peut-être pour montrer que tout n'est pas noir chez ce monsieur. Je n'ai pas le droit de mettre en doute les témoignages apportés,je pense que les gens ont vraiment ressenti les choses telles qu'ils les décrivent,mais je m'interroge,pensant que chacun voit les choses d'un oeil différent sur un sujet donné,car je ne comprends pas comment il peut y avoir une telle différence entre ce que j'ai vu et ce qui est décrit.C'est vraiment un extrême à l'autre. Je n'ai pas d'explication sur une aussi grande différence de vue, considérant que berthier n'a pas pu changer de comportement aussi radicalement ! On n'est pas tout blanc ou tout noir,mais on ne peut pas passer de tout blanc à tout noir ou inversement. Luc Dubois

Répondre

  • > « J'en veux pas à Sandrine »
    16 octobre 2005

    Merci pour votre message.

    A quelques jours d'intervalle, un autre stagiaire de Claude Berthier, Soso, nous adresse lui aussi un message intéressant.

    Sinon, que pensez-vous de cette citation du livre de Marie-France Hirigoyen sur le harcèlement moral :

    « La haine projetée sur une cible devenue proie suffit à apaiser les tensions intérieures, ce qui permet au pervers de se montrer d'une compagnie agréable par ailleurs. D'où la surprise et même le déni des personnes qui apprennent les agissements pervers d'un proche qui jusque là n'avait montré que sa face positive. Les témoignages des victimes ne paraissent pas crédibles. »

    Répondre

> « J'en veux pas à Sandrine »
25 février 2004, par Rosaline début du forum

Salut Crypto,

Je viens de lire ce que vous avez subi dans votre centre AFPA, et les réponses qui vous ont été faites.

J'ai moi-même suivi une formation dans un centre AFPA , la même que celle de Goélette qui vous a répondu.

La plupart des stagiaires de mon groupe ont eu des problèmes importants avec la formatrice.

Tout d'abord des problèmes pédagogiques : nous pensons sincèrement que nous sommes tombées sur une personne très mal à l'aise dans son poste par manque évident de compétence. Que penser d'une formatrice qui vous demande d'effectuer une tâche d'une certaine manière (ici imprimer une chemise en format A3 en disposant le texte d'une manière particulière, etc.), alors qu'elle-même ne sait pas effectuer cette tâche ? (Je précise qu'elle a avoué à une des stagiaires qu'elle attendait que nous trouvions la manière d'imprimer une telle chemise car elle ne savait elle-même pas le faire). Je pense que l'exemple est éloquent. Je pourrais en citer des dizaines comme çà, qui se sont présentés tout au long de cette année de formation. Un des plus gros problèmes de notre formatrice a été, tout au long de l'année, de corriger les nombreux examens de contrôle continu que nous avons passé. Nous la sentions franchement mal à l'aise avec la correction, par manque de compétence toujours (et parce qu'elle est incapable de s'organiser).De sorte que nous avons passé la plupart des examens de contrôle continu sans que nous soient rendus ceux que nous avions passés auparavant. Pour celui qui refait la même erreur sans s'en rendre compte, c'est sympa...

L'incompétence mène souvent au harcèlement. J'en ai eu la confirmation cette année. Chaque fois que je posais une question dérangeante à la formatrice (c.a.d. une question à laquelle elle ne pouvait pas répondre), elle se retournait contre moi, me disant capricieuse. "Je ne peux pas répondre à toutes vos exigences". Ou bien encore elle feignait de ne pas entendre ma question. Etant donné que je suis tenace, et que je trouvais tout à fait légitime de m'intéresser profondément à ce que je faisais (chercher à comprendre dans le détail), la situation a vite dégénéré entre elle et moi. Mais, si c'est avec moi qu'il y a eu le plus de problèmes, il y en a eu aussi beaucoup entre la formatrice et les autres stagiaires. Et je précise que même si j'étais son point de mire, ce n'est pas moi qui ai le plus souffert de la situation.

Nous avons aussi connu des problèmes relationnels graves et nombreux. La discussion n'était pas possible avec cette personne, elle se transformait vite en agression verbale de sa part. Notre formatrice a cherché par exemple à diviser notre groupe pour mieux le contrôler, par ce genre d'allusions : "Dans un groupe, il y a toujours des leaders. Mais attention, ce ne sont pas toujours des leaders positifs, il y a aussi des leaders négatifs. J'invite le groupe à bien y réfléchir, vous devriez discuter de çà entre vous..." Ou plutôt, si l'on interprète ces propos, vous devriez discuter de l'une d'entre vous...

Je ne souhaite pas seulement, par mon témoignage, apporter des exemples des stratégies employées par les harceleurs. Le plus important, en ce qui me concerne, est de dire qu'on peut se protéger de ce genre de personne.

Avec moi et quelques autres du groupe, notre formatrice est tombée sur un os, pardonnez moi la vulgarité de l'expression. Tout d'abord nous avions toutes un niveau d'études bien supérieur au baccalauréat, donc supérieur au sien. C'était d'un côté ce qui l'irritait, mais d'un autre côté ce qui l'a empêchée d'avoir le dessus. Il ne faut ici voir rien de prétentieux. Des personnes moins qualifiées auraient été aussi capables de se protéger ou quoi que ce soit d'autre, seulement un certain nombre d'entre nous avaient suivi la filière universitaire de l'enseignement (concours de recrutement de l'éducation nationale). Nous avons donc tout de suite flairé quelquechose de suspect dans le comportement de notre formatrice, expérience d'enseignement aidant. (Celles qui n'avaient pas cette expérience l'ont d'ailleurs senti tout comme nous). Et pour ma part, j'avais déjà eu affaire à un harceleur dans le travail, et j'en avais retiré de réelles leçons.

Il me semble important, quand on se sent harcelé, de prendre du recul sur ce qui se passe car un bon harceleur parvient toujours à vous faire douter de votre propre jugement critique (est-ce que c'est moi qui déraille ou y a-t-il bien là quelquechose d'anormal ?). Pour prendre du recul, et en même temps accumuler des preuves du comportement anormal de la formatrice, j'ai rapidement commencé à noter tout ce qui se passait d'anormal, au jour le jour et avec le maximum de détails (par exemple jeudi 26 février, à telle heure, elle m'a dit ceci "......." ; ou encore, alors que nous corrigions tel exercice de tel module, il s'est passé ceci...). La formatrice nous avait d'ailleurs avoué avoir pratiqué ce genre de chose contre une de ses collègues formatrices qu'elle prétend avoir fait virer par ses supérieurs hiérarchiques (quand vous rencontrez un harceleur, il n'en est souvent pas à ses premiers méfaits, ces gens-là ont la plupart du temps des problèmes avec tout le monde). Elle ne se doutait certainement pas qu'à l'époque j'appliquais moi-même ce genre de méthode la concernant.

Bref, les notes prises minutieusement permettent de prendre du recul (mais attention, à condition de les prendre de façon factuelle, les faits, uniquement les faits). Quand on relit ces notes plusieurs semaines ou mois plus tard, on n'a plus de doutes, il y a bien quelquechose d'inacceptable. L'autre peut toujours essayer de vous manipuler en vous faisant croire que le problème vient de vous, devant une accumulation de faits datés et circonstanciés, ses arguments ne tiennent pas la route.

Dans un deuxième temps, les notes prises peuvent servir à entamer une action contre la personne harceleuse. Et c'est ce que nous avons fait, trois autres stagiaires et moi-même. A la suite d'un entretien, nous avons envoyé au responsable de formation une longue lettre lui décrivant tous les dysfonctionnements de la formation (ou plutôt formatrice). SEPT PAGES tapées, la lettre. Quand nos proches respectifs ont lu la lettre, ils n'en revenaient pas. Malgré tout ce que nous leur racontions au jour le jour, ils étaient loin de se douter que la situation était aussi grave.

D'une part cette lettre nous a fait du bien, et d'autre part, elle a forcé la hiérarchie à réagir. Mais attention, pas du premier coup. Nous avons dû faire un deuxième courrier (auquel nous avons ajouté les dernières joyeusetés en date), dans lequel nous avons clairement exprimé que nous étions prêtes à aller aussi loin qu'il le fallait pour que la situation soit résolue. Résultat : nous pensons aujourd'hui que les choses vont bouger au niveau de notre formatrice, même si je ne souhaite pas ici donner plus de détails.

Morale de l'histoire : il ne faut surtout pas se décourager quand on est confronté à un harceleur. On n'y pense pas toujours, mais ces gens-là sont plus souvent des personnes dans la détresse parce qu'elles se sentent dans une situation insurmontable pour elles, que des personnes véritablement machiavéliques. Quoique, il y en a... Et les minables qui écrasent les autres (pour ne pas être démasqués comme insuffisants dans leur travail) sont eux aussi dangereux. Il me semble qu'il ne faut pas hésiter, si on ne se sent pas assez solide seul, à rechercher un appui réel autour de soi, par l'intermédiaire d'une association, mais aussi en consultant un psychologue (les harceleurs sentent souvent par intuition ceux qui, autour d'eux, sont plus fragiles à un moment donné. Ils les choisissent comme victimes, c'est tellement plus facile). Je parle de çà car j'en ai fait l'expérience (comme dit au début) lors d'un job précédent.

Je souhaite enfin préciser ici que l'institution dans laquelle se passe le harcèlement a aussi sa part de responsabilité, et pas des moindres. Au centre AFPA concerné, il y avait il y a quelques années jusqu'à 5 formatrices pour faire le travail de notre formatrice. On nous a rétorqué que les stagiaires étaient 5 fois plus nombreuses, et que notre formatrice avait donc aujourd'hui la même masse de travail que par le passé. Il me semble évident que les choses ne sont pas aussi simplement mathématiques. Le travail n'est pas exactement divisé par 5.

Il faut encore ajouter à ce sujet la cécité et la surdité de la hiérarchie de notre formatrice. D'autres stagiaires ayant suivi notre formation quelques années auparavant ont fait, en fin d'année, une pétition contre cette même formatrice. Qu'on ne me dise pas que la hiérarchie n'avait pas les moyens de savoir qu'il pourrait y avoir des problèmes avec cette personne, c'est une position qui est intenable. Notre formatrice, qui avait déjà posé de nombreux problèmes, n'a pas, cette année, été suivie de près par son supérieur, alors que cela me semblerait normal dans une telle situation. Ou alors cela a été fait, et elle est en quelque sorte indomptable. Je n'écarte pas totalement cette hypothèse, mais je me pose de nombreuses questions.Il ne faut jamais oublier que les supérieurs hiérarchiques ne peuvent parfois rien faire parce qu'ils manquent de preuves contre la personne, tout simplement. Et c'est facile dans le cadre d'une formation pour adultes de terroriser des stagiaires (qui ont besoin, professionnellement, de "décrocher" leur diplôme) pour qu'elles ne révèlent rien à la hiérarchie.

Bon courage à tous ceux qui font face à la même situation.

Rosaline

Répondre

  • Votre avenir nous engage
    26 février 2004, par crypto

    A Chartres, les stagiaires de 1995 avaient eux aussi envoyé une lettre collective de quatre pages, au directeur du centre, pour signaler les agissements de Claude Berthier, leur formateur.

    C'est-à-dire que plusieurs années avant le témoignage de Sandrine ou celui de Michel, les mêmes faits étaient déjà établis et la direction dûment informée. D'après Anne, l'une des signataires, « Ils ont étouffé l'affaire »…

    En 1999, Jean-Jacques Taureau, directeur de formation, distribue allègrement les blâmes et les retenues sur salaire aux stagiaires déboussolés, pendant que Claude Berthier se pose toujours en victime.

    La sanction et la répression se porte sur les stagiaires.

    Il semblerait donc, qu'à Chartres comme à Strasbourg, l'AFPA protége ses formateurs au détriment des stagiaires.

    Et accessoirement de leur avenir...

    Répondre

    • > Etre tenace
      1er mars 2004, par Rosaline

      Crypto, dans son message "Votre avenir nous engage", dit que l'afpa protège ses formateurs au détriment de ses stagiaires, pour étouffer les dysfonctionnements.

      J'invite tous ceux qui subissent des choses anormales dans cette institution à ne pas oublier que chaque centre afpa est chapeauté par un centre technique régional. Dans mon cas, celui-ci est intervenu. Le responsable n'a pas semblé très heureux de ce qu'il apprenait. On comprend mieux pourquoi, peut-être les choses ne sont pas (toujours) réglées. Les responsables de formation et de centre n'ont peut-être pas toujours intérêt à voir les choses remonter jusqu'à leurs propres supérieurs hiérarchiques. Il y a toujours un facteur d'inquiétude qui joue : que va penser mon supérieur, va-t-il penser que je n'ai pas su corriger moi-même la situation ?

      Enfin, je fais ici une autre suggestion : il existe une direction nationale de l'afpa. Ca peut servir... Et il ne faut pas oublier non plus que les organismes qui financent la formation des demandeurs d'emploi (ASSEDIC...) ne seraient peut-être pas très heureux d'apprendre comment est utilisé cet argent. L'AFPA n'a pas du tout intérêt à devoir rembourser à ces organismes l'argent versé à un chômeur pendant parfois une année. A bon entendeur.

      Concernant les harceleurs eux-mêmes, il ne faut pas perdre de vue que ce sont souvent des gens malades psychiquement. De nombreux actifs sont soumis au stress, doivent assumer des missions lourdes et fatigantes. Même si l'énervement et la tension peuvent faire partie de la vie professionnelle, tout le monde ne devient pas harceleur.

      Je profite de l'occasion pour saluer la formatrice qui m'a amenée à témoigner sur ce site : elle m'aura beaucoup appris sur la nature humaine. Car, comme je l'ai dit dans mon précédent message, j'ai été confrontée il y a quelques années à un harceleur du même accabit. A l'époque les choses avaient été beaucoup plus dures pour moi que cette année. Cette nouvelle confrontation m'a renforcée vis-à-vis de ce type de personnes.

      Il faut jamais oublier qu'on peut toujours rencontrer à nouveau des harceleurs pendant sa vie professionnelle. Quand on est plongé dans ces problèmes, cette perspective semble insupportable ("Que çà finisse, vite, et que çà ne recommence jamais !"). Cependant on peut apprendre à résister à un harceleur et à ne pas se laisser (ou beaucoup moins) atteindre par ses attaques. Tout ce qui ne détruit pas renforce. C'est vrai !

      Pour moi aujourd'hui, la personne que j'ai dû côtoyer pendant un an n'est qu'une personne méprisable et malade, rien de plus. Les vrais harceleurs, ceux qui sont sans cesse en procès contre la terre entière,qui ont des histoires avec tout le monde, sont des personnes malades psychologiquement, ou du moins au psychisme mal construit. Garder cela à l'esprit aide à relativiser.

      IL faut leur opposer un comportement calme (ils cherchent à vous pousser à bout pour vous faire passer pour hystériques, afin de retourner la situation). Il me semble également essentiel de noter soigneusement les faits, en se gardant de toute interprétation personnelle. Quand j'ai présenté une longue liste de faits détaillés et circonstanciés aux personnes chargées d'éclaircir nos problèmes avec notre formatrice, ce n'est pas moi qui suis passée pour une hystérique agressive, mais elle.

      Autre chose qui m'est apparue clairement pendant cette expérience : on surestime souvent les problèmes qui pourraient arriver si on révèle les problèmes à qui de droit. On rencontre toujours des personnes qui ont intérêt à vous faire croire que vous allez agraver la situation. Je garde toujours cette phrase en tête : "Ce n'est pas parce que l'autre le dit qu'il a forcément raison, qu'il soit puissant ou pas".

      Bon courage à ceux qui sont encore malmenés. Je leur souhaite d'arriver un jour à considérer qu'il pourront aussi sortir de cette expérience renforcés. Tout ce qui ne détruit pas renforce... si on sait prendre du recul, analyser les choses et les digérer.

      Rosaline

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      • Tout ce qui détruit, détruit
        2 mars 2004, par crypto

        Alerter l'organisme payeur, prendre des notes au jour le jour : des conseils pratiques pertinents !

        Saluons avec vous la formatrice qui vous a amené à vous exprimer ici. Tant il est vrai que les conseils des autres vont trop souvent dans le sens d'une mise en échec. Du genre : « Méfie-toi si tu parles, tu risques d'avoir des ennuis. »

        Oui, mais pourquoi cette formatrice ne témoigne-t-elle pas, au lieu de vous envoyer au charbon à sa place ?

        A cet égard, on appréciera le message de Bertrand, formateur AFPA, qui, sans se mouiller plus haut que les chevilles, va un tout petit peu plus loin dans la prise de responsabilités.

        On appréciera également les réflexions de Elise.

        Vous avez bien observé certaines caractéristiques du harcèlement : l'inversion des rôles, la confusion, la protection du coupable. Mais, d'une certaine façon, vous témoignez encore de la complaisance.

        Répondons à ces questions :

        Le harceleur est-il un fou dangereux, un pervers, au même titre qu'un pédophile ou un violeur ? Auquel cas, il faut l'écarter de toute urgence et l'empêcher de nuire.

        Ou bien est-il un personnage incontournable, ambigu certes, mais socialement toléré, avec lequel il faut composer ?

        Tant qu'on y est, le harcèlement ne serait-il pas finalement une sorte d'épreuve d'aptitude ? Une épreuve d'aguerrissement, « enrichissante », comme l'avance Bertrand ?

        Tout cela est très chrétien, ma parole.

        En fait, l'expérience est effectivement enrichissante… En ce sens qu'elle vous offre d'explorer in vivo les territoires de la perversité, de la soumission, et qu'elle vous donne accès à toute une gamme de concepts.

        L'expérience du harcèlement vous permet aussi d'enrichir votre vocabulaire. Avec des mots ou expressions comme : auto-dénigrement, culpabilité, pensées suicidaires, dépression, amertume, cynisme, dégoût, dérision, etc., etc.

        Si on essayait plutôt d'en finir avec cette idée que la souffrance sanctifie ?

        Tout se qui détruit détruit, un point c'est tout. Non ?

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        • > Question de choix de vie
          26 mars 2004, par Rosaline

          Crypto,

          Je reviens sur la réponse que vous avez faite à mon dernier message. Je vous cite : "Vous avez bien observé certaines caractéristiques du harcèlement : l'inversion des rôles, la confusion, la protection du coupable. Mais, d'une certaine façon, vous témoignez encore de la complaisance." "Tant qu'on y est, le harcèlement ne serait-il pas finalement une sorte d'épreuve d'aptitude ? Une épreuve d'aguerrissement, « enrichissante »..." "Tout cela est très chrétien, ma parole."

          J'aimerais apporter quelques précisions sur les idées que j'ai exprimées dans mes deux messages, et répondre à vos remarques.

          Je ne pense pas du tout être une personne dure, sinon je n'aurais pas témoigné sur ce site. Quand je dis que ces expériences de harcèlement peuvent, parfois, et après une prise de recul, nous renforcer, je ne minimise pas la souffrance que peuvent rencontrer les personnes harcelées au moment où les faits se produisent.

          Cependant je fais partie de ceux qui essaient toujours de rechercher le positif dans toute situation, de voir la bouteille à moitié pleine, plutôt qu'à moitié vide. Dans la mesure où on ne peut pas toujours éviter les harceleurs, autant mettre toutes les chances de son côté dans une attitude positive, volontaire.

          Il était peut-être maladroit de ma part d'évoquer d'emblée les aspects "positifs" qu'une telle épreuve peut EVENTUELLEMENT finir par avoir. Certes, une personne harcelée doit d'abord commencer par se protéger, et ensuite par se reconstruire si celà s'avère nécessaire. C'est seulement après celà qu'elle peut, comme je l'évoquais, prendre du recul, et tirer des enseignements de ce qu'elle a vécu. Cependant je tiens à préciser que je ne suis pas psychologue, j'apporte uniquement ici les réflexions que je me fais à l'heure actuelle, après avoir cotoyé une formatrice peu recommandable.

          Prendre du recul, faire la part des choses, chercher en quoi on a pu (éventuellement) provoquer ou attirer les foudres d'un harceleur, chercher comment on pourra à l'avenir se protéger d'éventuels harceleurs... tout celà n'a rien d'un exercice "CHRETIEN" d'autoflagellation. Il s'agit simplement d'honnêteté intellectuelle avec soi-même.

          Je suis à 200% pour le soutien aux pesonnes harcelées, pour une écoute réciproque et chaleureuse, c'est çà l'humanité.

          Cependant le chemin que j'ai parcouru jusqu'à ce jour en travaillant sur moi-même (et par la même occasion en observant les autres autour de moi) m'a aussi appris une chose : on provoque souvent les choses inconsciemment. On pourrait dire, pour le moins, que les choses ne nous arrivent pas toujours par hasard. Considérer ce genre de point de vue ne signifie absolument pas accuser la victime, sur le mode du "Finalement, elle est un peu responsable". Je pense simplement que chacun peut, en son fort intérieur, et pour lui-même, essayer de regarder ce qui lui arrive avec du recul. IL ne s'agit pas de faire un mea culpa publique, ni de se détruire par la culpabilité. On peut simplement arriver, un jour, à reconnaître ce qui peut éventuellement en nous favoriser certaines situations.

          Petite précision : j'ai dû être peu claire dans mon message. La formatrice qui m'a amenée à témoigner est bien celle qui m'a posé problème tout au long de mon année de formation, et non pas une autre formatrice qui m'aurait soutenue et encouragée à témoigner. Mes propos étaient évidemment ironiques. Je me dis toujours, une fois que les choses se calment, que ce genre de personne m'en appris un peu plus sur la nature humaine. Mon mode de protection intérieure est le suivant : le mépris pour ce genre de personne, celà m'aide à les remettre à leur place... de simple être humain, et non pas de monstre contre lequel je ne pourrais rien. Chacun fait comme il peut, pourvu que les moyens employés marchent. (Cela prouve, de plus, qu'on peut relativiser dans un deuxième temps, j'en suis la preuve vivante).

          Je tiens aussi à réagir contre la complaisance que vous avez cru lire dans mes propos. Mon côté philosophe vous choque peut-être, mais je pense que ce que je dis est fort raisonnable. Si tout le monde il était beau, si tout le monde il était gentil... çà serait merveilleux. Est-ce indécent de rappeler qu'une personne peut être confrontée plus d'une fois dans sa vie à un harceleur ? Comme je l'ai dit dans mon précédent message, ce n'est pas une perspective réjouissante, cependant c'est tout à fait vraisemblable. Il me semble qu'il est donc plus que recommandable de réfléchir une fois l'orage passé... POUR SE RENFORCER, ne vous déplaise.

          Certes, ce n'est pas au moment où on subit un harcèlement qu'on peut se renforcer, à ce moment-là il s'agit surtout de limiter les dégâts. Mais mon propos me semble tout à fait valable sur un site consacré au problème du harcèlement.

          La souffrance ne sanctifie pas(cf vos propos). Je suis bien d'accord avec vous. Cependant raconter son expérience, être réconforté, tout çà ne doit pas servir à rester ad vitam aeternam dans la plainte ou dans une position de victime.

          Mon propos est de témoigner pour apporter du courage. Que proposez-vous de dire, par exemple, à une personne qui vit un deuil ? Pleurer avec elle une année entière ? Pour ma part, je pense qu'on ne peut guère faire autre chose qu'entraîner les gens dans une attitude positive, leur insuffler de l'énergie, de l'espoir, sur le mode "Toute souffrance finit par s'estomper". Se battre pour surmonter une épreuve n'est jamais facile, celà demande de l'énergie à chaque instant, c'est un combat constant, qui ne participe aucunement d'une attitude chrétienne d'autoflagellation.

          Avec le temps j'ai pris conscience d'une chose : certaines personnes (pas toutes bien entendu) sont dans une attitude d'éternelle victime. Certains ressentent une certaine jouissance dans les situations difficiles : la jouissance de pouvoir se plaindre, d'être celui qui est maudit des dieux, celui à qui il arrive tous les malheurs, et donc indirectement le sentiment confortable de se sentir déchargé de toute responsabilité. FRançoise Hardy, grande mélancolique s'il en est, parle dans son cas de "délectation mélancolique". Voilà pourquoi je ne témoigne qu'en termes plutôt volontaires. Je ne supporte pas les points de vue manichéens dans des situations difficiles comme celles de harcèlement.

          Si je m'adressais à une amie harcelée, bien sûr que je lui prêterais l'oreille la plus attentive. JE ne me permets en aucune manière de juger de ce que ressentent les autres, la souffrance n'est pas mesurable. Ce qui fait beaucoup souffrir l'un n'est rien pour l'autre, il n'y a pas à porter de jugement là-dessus.

          Cependant les propos que je choisis d'écrire sur ce site, pour ceux qui auront envie de les lire, sont dans un registre beaucoup moins émotionnel. Je livre mes réflexions, et je ne vois pas en quoi elles pourraient blesser d'éventuelles victimes puisque je ne m'adresse à personne en particulier. J'interpelle un lecteur anonyme pour lui faire partager mon vécu intérieur.

          Je veux aussi revenir sur cette remarque de vous :"En fait, l'expérience est effectivement enrichissante… En ce sens qu'elle vous offre d'explorer in vivo les territoires de la perversité..." Comme je l'ai dit dans mon message précédent, j'avais déjà été confrontée à un harceleur avant ma formation à l'AFPA. C'est une expérience sur laquelle j'ai travaillé, avec l'aide d'un professionnel.

          Quelle étiquette mettre sur ceux qui harcèlent ? Je ne sais. Encore une fois, je pense qu'on ne peut donner des explications simples. Nous avons tous (TOUS) en nous une dose, plus ou moins développée, de perversité. Nous l'utilisons plus ou moins. Ceux qui harcèlent peuvent bien être de véritables pervers narcissiques, c.a.d. des personnes qui, psychiquement, n'ont jamais intégré l'idée que l'autre est une personne comme eux. Ou il peut bien s'agir de personnes dans le désarroi (mission professionnelle trop lourde, supérieur pas compréhensif, collègues pas solidaires...) qui déraillent, qui laissent s'exprimer cette part de perversité. Des actes légèrement empreints de perversité, nous en commettons tous un jour ou l'autre.

          Donc il ne me semble pas forcément très utile de s'attarder longuement sur le type de désordre psychique auquel on a affaire. Il me semble qu'il est plus efficace, si les agissements sont réguliers, de trouver des parades, des moyens pour se protéger.

          J'en reste donc, cher Crypto, à mon attitude pragmatique. Agir, digérer, puis passer à autre chose.

          "Tout ce qui détruit détruit", c'est vrai. Mais on peut aussi choisir de considérer le point de vue suivant : tout ce qui ne détruit pas renforce. A chacun de choisir comment il veut orienter sa vie.

          Il est tentant de se dire que c'est plus facile pour les autres. "Moi, je suis moins bien armé pour çà. Je n'arrive pas à voir les choses de cette façon." Ou encore je suis trop "abîmé", je ne pourrai jamais y arriver. Prendre une orientation positive est un choix, véritablement. Car quand on a fait ce choix, on peut mettre des années avant d'adopter de façon naturelle et spontanée cette attitude volontaire. Il s'agit simplement du prix qu'on est prêt à payer pour y arriver. Est-on prêt à se confronter à çà, à passer par des moments de désarroi ? Moi j'essaie de faire ce choix, je sais ce qu'il en coûte, je ne suis pas mieux armée que les autres pour çà. Alors çà me fait un peu rigoler quand on me rétorque que j'ai plus de facilité que les autres, ou encore que je suis dure avec les autres.

          Certains psychologues ont fait des études sur la "résilience", la capacité de l'être humain à se reconstruire, à faire du beau et du positif avec du malheur, du pourri. Elles peuvent apporter beaucoup.

          Bien à vous

          Rosaline

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          • > Question de choix de vie
            7 avril 2004, par Sofia

            Vous dites que vous avez témoigné. Mais où sont les éléments factuels ?... En l'occurrence, un témoignage consisterait à dire : « Mme Machin, formatrice dans tel centre m'a dit ça tel jour à tel heure. » En fait, on ne peut pas dire que vous ne témoigniez réellement. Vous évoquez, c'est tout. Et encore, d'una façon trèe elliptique.

            Vos réflexions ne sont pas inintéressantes, d'ailleurs. Mais le problème, c'est qu'elles noient un peu. Ce n'est pas un témoignage, ce sont des généralités. Et Finalement, on peut même dire que vous protégez le harceleur derrière des généralités. Vous ne décrivez pas ses faits et gestes. Vous ne le nommez pas. Vous devenez finalmement un peu sa complice passive.

            Une chose me frappe vraiment, c'est que vous avez l'air de considérer le harcèlement et les harceleurs comme une fatalité avec laquelle il faudrait vivre et composer. Vous êtes vraiment indulgente avec la perversité !

            Vous dites des choses énormes, comme par exemple, en parlant des victimes : « on peut arriver un jour à reconnaître ce qui peut éventuellement favoriser certaines situations. » Comme si vous demandiez à une victime de viol : « peut-être que ce qui vous est arrivé est un peu de votre faute, vous portiez une jupe trop coutre et vous avez favorisé la situation. » ! ! !

            Essayez de remplacer, dans votre texte les mots « harcèlement » et « harceleur » par « viol » ou « violeur » ou par « pédophilie » ou « pédophilie ». Est-ce vous diriez la même chose ?...

            Moi, ce que j'aimerais que vous ma racontiez, c'est ce qui s'est passé au jour le jour, toit simplement, pas des généralités qu'on connaît déjà plus ou moins.

            Bon, mais j'espère que je n'ai pas été trop dure avec vous. A bientôt.

            Répondre

            • > D'accord pour témoigner, bien sûr
              7 avril 2004, par Goélette

              Ce qui s'est passé avec cette formatrice ? Beaucoup de choses qui auraient du mal à tenir dans un message. Je prépare actuellement ce témoignage, mais je travaille actuellement, je n'ai pas autant de temps que je le souhaite pour le rédiger.

              Répondre

> « J'en veux pas à Sandrine »
23 décembre 2003, par nous sommes des milliers début du forum

bonjour Sandrine

Il m'est arrivé à peut près la même chose, particulièrement en ce qui concerne les cachets et la dépression, au centre afpa de saint avold. Effectivement les stagiaires sont divisés en cathégories, à savoir chez nous : les "tech", et les "cafards". L'afpa m'a inscript en tant que "tech", mais étant l'UNIQUE stagiaire du groupe, la formation n'a pas eu lieu, j'ai suivi celle des "cafards" et préparé en autodidacte le "diplôme" tech, que j'ai obtenu après énormément de souffrances, d'intimidations... Tout ce que tu as vécue. Cela dit, j'ai bénéficié du soutien moral de certains des formateurs et de tous les camarades "cafards". Après une année de dépression, je suis en train d'attaquer l'Afpa : j'ai gardé des documents qui me permettent de prouver qu'AU NIVEAU ADMINISTRATIF, l'afpa n'a pas honorée le contrat de formation. C'est difficile, par ce qu'ils se défendent pieds à pieds, ils mentent de façon incroyable... C'est frustrant aussi de ne pouvoir les attaquer que sur des points administratifs, alors qu'on aimerait pouvoir se faire rendre justice pour des souffrances d'un tout autre ordre, qu'on aimerait aussi que justice soit rendue aux camarades qui ont souffert de la même façon, qui ont été maltraité de façon épouvantable... On leur parlait comme à des chiens... Bref, tu connais. Tout ça pour dire que tu dois essayer de te faire rendre justice, quelle que soit la forme que prenne cette justice. Par ce que sinon - et c'est ce qui m'a accablé une année entière, avant que j'entame une procédure -, on a l'impression d'avoir soit-même été complice. De son propre malheur. Nous sommes des milliers sans doute, à être victime des méthodes de l'AFPA, défendons-nous. Il existe partout des juristes, salariés d'associations, qui examinent gratuitement et avec conscience les plaintes qu'on peut leur soumettre. Merci, Sandrine, de ton témoignage, qui me renforce dans ma détermination, à moi, d'agir.

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  • > « J'en veux pas à Sandrine »
    28 décembre 2003

    Chère inconnue,

    Je peux vous parler des méthodes de certains formateurs de l'AFPA. Je suis en fin de formation d'Assistante de Direction Bilingue Allemand, et je vous prie de croire que je vous soutiens dans votre combat, parce que nous avons eu à subir aussi des avanies de la part de notre formatrice.

    Je suis en train de préparer un témoignage sur les faits qui se sont produits cette année. Croyez-moi, même si je ne peux à priori pas parler de harcèlement moral me concernant, je pense que ce témoignage en dira long sur les méthodes AFPA et sur certains formateurs - je continue à penser que tous ne sont pas comme notre formatrice, heureusement ! Si cela peut vous être d'un quelconque réconfort ou soutien dans votre combat, je serai la première à m'en réjouir.

    Nous sommes quatre stagiaires à avoir signalé les problèmes pédagogiques et comportementaux à notre Responsable de Formation. A compter de ce temps, la formatrice a cessé toute agression verbale envers nous, ce qui n'est pas un mince progrès. Restent les problèmes pédagogiques comme le retard majeur que nous avons pris dans notre formation qui part en "eau de boudin", si vous me pardonnez l'expression un peu familière. Nous avons signalé ces problèmes à la DDTEFP, avec un bref historique de la situation. Courrier envoyé à la DDTEFP en recommandé avec accusé de réception, de telle manière qu'il reste une trace écrite.

    Voyez-vous, la peur est la plus mauvaise conseillère ; c'est une chose que j'ai apprise cette année. A se laisser cannibaliser par la trouille, on finit par oublier son intérêt personnel. Je crois pour moi avoir dépassé ce seuil et puis ainsi agir sans réelle crainte contre ce que j'estime être une maldonne au contrat de formation.

    Vous dites à un endroit : "C'est frustrant aussi de ne pouvoir les attaquer que sur des points administratifs, alors qu'on aimerait pouvoir se faire rendre justice pour des souffrances d'un tout autre ordre, qu'on aimerait aussi que justice soit rendue aux camarades qui ont souffert de la même façon, qui ont été maltraité de façon épouvantable... ". La frustration dont vous parlez est selon moi un signe que vous avez encore quelques craintes vis-à-vis de l'action que vous engagez. J'ai horreur de ce genre de termes abscons, mais je crois que vous êtes encore dans un registre "émotionnel". Regardez ce que vous êtes en train de faire : êtes-vous une criminelle "volant" son droit à la justice ? Non, vous êtes une personne qui se sent flouée et qui essaie de rétablir son droit. C'est cela et rien d'autre. Vous signalez des faits qui vous semblent inadmissibles, vous vous trouvez confrontée à une institution sourde et monolithique.

    Voyez-vous, chère inconnue, il y a x raisons pour laquelle je me sens flouée par l'AFPA et c'est à ce titre que j'ai engagé une action auprès de la DDTEFP. Qu'il y ait une trace écrite de ce qui m'afflige. Croyez-vous que j'ai éprouvé la moindre peur ? Je l'admets, ce que je suis en train de faire n'est pas une action agréable mais je ne peux faire autrement, quitte à aller plus loin ensuite...

    Je ne sais si mon action est la bonne, si elle n'aura pas une incidence sur mon EVCP fin janvier, mais je sais que je me dois du respect à moi-même. Et je n'oublie jamais que la formatrice qui a occasionné tant de soucis à nous autres stagiaires a plus à craindre d'une action que moi. J'ai déjà l'impression que la peur a changé de camp, même si je ne peux préjuger de ce que sera la fin de la formation (28 janvier, nous sommes en congé jusqu'au 5).

    J'ai encore en mémoire cette phrase de Sénèque : Ce n'est pas parce que c'est difficile que nous n'osons pas, c'est parce que nous n'osons pas que c'est difficile.

    Bon courage

    Goélette

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  • Non les stagiaires ne sont pas des chiens
    30 décembre 2003, par Crypto

    Pousser des stagiaires à la dépression quand on a pour slogan « Votre avenir nous engage »…

    Effectivement, c'est une vraie frustration de ne pas pouvoir faire valoir les véritables motifs de souffrance et d'être obligé de s'en tenir à « des points administratifs ».

    Toutes choses égales, c'est l'histoire d'Al Capone que, n'arrivant pas à coincer pour ses vrais crimes, on attaque pour fraude fiscale.

    En plus, « Ils mentent de façon incroyable »…

    La mauvaise foi que vous observez de la part de l'administration de l'AFPA évoque les attitudes de protection du coupable que l'on retrouve également dans les affaires de pédophilie.

    La prise de parole des victimes suscite d'autres prises de parole, d'autres témoignages. Elle finit par faire reculer la complaisance et par faire avancer les lois.

    Comme le dit Goélette : « la peur change de camp. »

    Alors, merci pour votre témoignage courageux. Continuez de nous informer.

    Répondre

> « J'en veux pas à Sandrine »
4 novembre 2003, par Patricia début du forum
J'ai vraiment de la pitié pour ce prof qui abuse de sa position pour faire pleurer les femmes en public, c'est pire que macho, c'est nul ! ! !

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  • C'est un peu la jungle
    5 novembre 2003, par Crypto

    Peut-être s'agit-il d'un concept très raffiné de pédagogie par les larmes ? Blague à part, les plus nuls dans l'histoire sont plus certainement les autres stagiaires qui renchérissent ou qui assistent en spectateurs sans lever le petit doigt. C'est un peu la jungle , comme dit Laure...

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> « J'en veux pas à Sandrine »
24 octobre 2003, par moi début du forum
vraiment, C honteux , comment l'afpa peut laisser faire ça ? C pas une référence.... et en plus ils sont intervenants sur le thème du harcèlement... y'a comme une incohérence ou un paradoxe

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  • L'exemple vaut-il mieux que la leçon ?
    25 octobre 2003, par Crypto

    Ah bon, l'AFPA est intervenante sur le thème du harcèlement ?

    Vous voulez dire qu'elle s'intéresse au phénomène ? Qu'elle a produit des travaux ? Ou mieux encore, qu'elle fait des préconisations pour le combattre ?

    C'est intéressant… Il faudrait nous en dire plus !

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    • > L'exemple vaut-il mieux que la leçon ?
      29 octobre 2003

      http://www.lacathode.org/afpa/afpa_vi/VIOL1.htm

      Répondre

      • > L'exemple vaut-il mieux que la leçon ?
        31 octobre 2003, par Coralie

        Je suis allée voir cette page de l'AFPA. La première chose qu'on voit c'est leur logo ! En fait ils sont assez discrets sur le harcèlement moral, ils parlent surtout de la violence des jeunes. J'ai juste relevé ça : « Le harceleur a besoin de projeter sur l'autre toute l'insécurité , la faiblesse qu'il a peur de trouver en lui. S'il ne peut le faire, c'est sur lui que tout va se reporter, et il va faire une dépression. Donc il lui faut toujours un bouc émissaire pour projeter dessus. Et la projection est sans fin. » C'est bien dit je trouve...

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Crypto
-rédacteur