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Harcèlement: Le coup du sort
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Le coup du sort

vendredi 5 mars 2004,  par Tess


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Mon poste est obligatoirement bloqué depuis le premier jour d'absence. Il n'y a aucun remplacement, ni intérimaire ni personne en CDD depuis le 5 mars 2002. Les dossiers dont je me chargeais sont restés en plan depuis un an ! À part le secrétariat classique repris par mes collègues exécutantes… Et mon cher bureau est toujours là.

Le Ministère a dû réclamer fin 2002, le résultat des statistiques régionales trimestrielles et annuelles sur l'emploi agricole afin d'établir un bilan national à transmettre aux différentes administrations (ANPE, environnement) ainsi qu'aux médias, qui peuvent annoncer la baisse ou l'augmentation du taux des chômeurs en France ! Tout cela est resté « en instance ». Il ne se trouve que deux inspecteurs du travail habilités et compétents en la matière capables de me remplacer en la matière.

2003 - M. Thénardier et M. Vampire, renseignements pris auprès du service administratif pour savoir si j'étais à mon domicile ou non, me renouvellent leurs menaces par lettre recommandée, me convoquant de nouveau le 10 janvier 2003 pour expliquer mon comportement « impardonnable » du 31 octobre 2002.

J'ai donc répondu par le même canal à l'employeur que j'étais en arrêt de travail et qu'il devait reporter l'entretien à une date ultérieure. La loi précise que l'employeur dispose d'un délai de deux mois pour interpeller un salarié en infraction professionnelle. De plus, selon le Code du travail l'employeur n'a pas le droit de convoquer un agent en arrêt de travail. Au bout des deux mois, l'interpellation devient donc d'office nulle et non avenue du fait que le salarié ne s'est pas présenté.

J'ai établi un courrier en collaboration avec la délégation syndicale pour décrire les faits de harcèlement moral subis depuis plus de dix ans ainsi que la dégradation de ma situation professionnelle et financière (je gagne actuellement 8000 F net par mois au lieu de 12 à 13500 F !) au Directeur de la caisse de sécurité sociale et lui demande un entretien s'il le désire, afin de trouver une solution quant à mon devenir (dernière tentative de négociation à l'amiable). Sans réponse.

Une enquête de contrôle administrative a été effectuée au service de l'Inspection du travail pour vérifier mes dires, ça les a un peu remis en question ? Je ne sais pas... enfin si, je l'apprendrai plus tard en passant dans le service !

Le 26 février 2003, le Médecin du travail me déclare verbalement « inapte au poste » et m'interdit de reprendre à la Part-Dieu, car il estime ma santé en danger. Après avoir discuté une sorte d'arrangement avec mon médecin traitant, me dit-il, il serait préférable que l'arrêt maladie soit prolongé jusqu'au 15 avril. Nous lancerons à partir du 16 avril la procédure d'inaptitude au poste. En attendant, je suis toujours officiellement rattachée au service de l'Inspection du travail Rhône-Alpes.

Le 28 février 2003, j'apprends par hasard que M. Vampire part un mois en congé maladie et revient à son poste le 13 avril prochain. Tout s'explique ! D'autre part, j'apprends encore par hasard que depuis le 26 février, une fille effectue mon remplacement à la part-dieu, mêmes diplômes, payée au grade de secrétaire. Renseignements pris, elle a un CDD de dix mois qui stipulerait qu'elle me remplace « pour congé maladie ». Or, je n'étais en arrêt que jusqu'au 15 avril 2003. Son contrat serait-il donc illégal ?

J'ai écrit une lettre simple, le 8 mars 2003, au médecin du travail pour lui dire que je prenais acte qu'il m'interdisait de reprendre mon poste à la Part-Dieu, qu'il m'obligeait à rester en congé maladie et lui demandait également quelles garanties m'assurait-il en ce qui concerne mon reclassement dans un poste de cadre correspondant à mes aptitudes professionnelles. Sans réponse.

Au cours d'une conversation téléphonique entre mon syndicat et M. Thénardier le 3 mars dernier, pour faire suite à une proposition de rencontre mi-mars, le syndicat annulait celle-ci, car la condition « sine qua non », posée par M. Thénardier, était que je sois présente... Ce dernier s'emporte : « Elle a « sorties libres », elle dit n'importe quoi à qui veut l'entendre, elle fait n'importe quoi, elle va où elle veut se balader ! » (allusion probable aux déplacements hors circonscription autorisés par le médecin Conseil.) « Elle relève de la correctionnelle si ça continue comme ça ! » Il dément en bloc les griefs portés à son encontre. Le syndicat répond qu'il n'est ni médecin ni juge de mes actes. M. Thénardier se reprend en admettant qu'il n'est pas lui-même médecin.

Je suis passée à la Part-Dieu le 6 mars 2003, retrouver des anciens collègues. J'en ai profité pour connaître la version de l'un d'entre eux, cité comme témoin du 31 octobre 2002. Il m'a dit ce qu'il avait vu. Cela corroborait parfaitement ma version. Que s'il devait être amené à témoigner, il le ferait et finalement, entre nous, lui ai-je dit, M. Thénardier sera plutôt mal au tribunal d'entendre ce témoignage... qui révèle les libertés qu'il prend avec la réalité.

Ce témoin, pour conclure notre conversation, ne souhaitait que le rétablissement de ma situation professionnelle et m'encourageait dans le bon sens. Je lui ai également signalé que la fille nouvellement arrivée dans le service avait un contrat d'embauche illégal. Il m'a répondu qu'elle ne risquait rien, par contre l'organisme oui !

En allant saluer une collègue du service, celle-ci me dit :

-  « tu as écrit des choses sur moi qui ne me plaise pas ! Tu n'as pas honte ! Tu n'as donc pas de conscience morale ? ! J'ai l'air de quoi moi, maintenant, qu'on dise de moi que je suis payée à rien foutre ! Tu n'es plus la bienvenue dans le service ! »

-  « Tu sais, lui dis-je, j'ai écrit des choses sous la pression morale. »

-  "Quelle pression morale ? ! Pffft ! »

-  « À cause de Thénardier... Je lui ai laissé tout ce que je pensais qui n'allait pas dans le service et qui me rendait malade ; et je n'ai certainement pas dit que tu étais payée à rien foutre, loin de là. Je m'étonne de ton attitude, ma conscience va très bien et je n'ai surtout pas honte de dire la vérité et de l'écrire. Je sais, je comprends, la vérité est dure à entendre et à lire... Adieu alors. »

En rentrant chez moi, j'ai retrouvé le fameux texte laissé à Thénardier en 2002, où je lui relatais mon malaise en tant que salariée et les dysfonctionnements du service, que j'étais obligée de supporter en plus de ma charge de travail. En résumé, que je ne suis pas « Dieu le Père » pour régler en permanence les problèmes du service et ceux des gens ici, qui se plaignent entre autres, du fait qu'une collègue revenant de longue maladie n'est absolument pas opérationnelle et que je ne suis pas médecin et encore moins psychologue (certains agents du service attendaient qu'elle tombe en invalidité pour s'en débarrasser). J'ai donc agi à leur encontre et fait tout mon possible pour redresser sa situation professionnelle en allant relancer régulièrement les inspecteurs afin qu'il lui donne du travail malgré tout et qu'elle puisse reprendre pied.

C'est sympa d'être ainsi remerciée par cette dernière, non ? ! M. Thénardier va-t-il se servir d'elle pour témoigner contre moi ? ! Je m'y attends un peu !

J'ai rencontré deux avocats en consultation gratuite, le premier m'a reçu très sérieusement et a pris le temps de lire les documents que je lui présentais avant de donner une appréciation. Il m'a dit que j'avais en ma possession une preuve écrite de discrimination. M. Thénardier a commis un délit pénal - harcèlement moral.

Le second avocat, une femme, m'a fait attendre plus d'une heure dans une salle d'attente sans fenêtre. Les bureaux surchargés de dossiers poussiéreux en cours, de tailles diverses, un vrai grenier. J'ai pu discuter avec l'une de ses clientes, qui m'a rapporté qu'elle laissait traîner les affaires, réclamait une somme d'argent conséquente à chaque consultation et que le dossier n'avançait guère.

Lorsque l'avocate m'a enfin reçu, elle m'a dit qu'elle était « en cheville » avec l'inspection du travail et qu'elle était désolée mais ne prendrait pas mon dossier.

Je lui ai dit : « Votre réaction est normale, j'ai l'habitude d'avoir souvent entendu ce genre de manifestation, vous avez la trouille, je comprends. »

A-t-elle voulu se défendre ? « Non, ce n'est pas cela... »

Mais bon, je fais la part des choses aujourd'hui. Se battre contre un agent de l'État n'est pas évident. Le genre d'avocat comme vous en avez sans doute si souvent rencontré, vous qui me lisez, véreux et qui profitent de la situation fragile des gens pour vivre allègrement, sans les défendre efficacement. En sortant de son cabinet, je me suis dit : Je l'ai échappée belle ! Et de toute façon, je ne lui aurais pas confié mon dossier. Sa réputation atteignait la salle d'attente.

Le délai de préavis arrive à terme le 30 mai 2003, suite à l'inaptitude au poste ; l'employeur est tenu soit de me reclasser, soit de me verser l'intégralité des salaires tant qu'il ne prend pas une décision du licenciement.

Tess
-rédactrice