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Protéger le coupable [3]
« C'est nous les monstres, et eux les victimes »

Première publication : 5 mars 2002, mise en ligne : lundi 17 février 2003,  par Didier


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Nous présentons un troisième exemple de comportement spontané apparaissant à l'occasion d'une agression.

Il s'agit d'une affaire de viol collectif qui s'est déroulée à Roubaix. L'histoire est relatée dans un article de Haydée Sabéran, paru le 5 mars 2002 dans Libération. L'article est reproduit ci-dessous.

Vis-à-vis de notre sujet d'observation - les réactions naissant autour du coupable - le plus important est le dernier paragraphe, qui relate le comportement des habitants de Roubaix.

Il apparaît ainsi que les élèves du collège Albert-Samain organiseront une manifestation de soutien aux violeurs présumés afin d'obtenir leur mise en liberté. Les autres faits notables :

-  la réaction initiale de rejet de la police ;

-  les insultes, la mise au ban du quartier, les attaques collectives contre les parents de la victime à compter de l'incarcération des violeurs présumés ;

-  le développement de rumeurs dont le sens est de projeter la culpabilité sur la victime.

 

« Clara, « morte à l'intérieur »


« À Roubaix, pendant quatre mois, cette collégienne de 13 ans a été violée par des dizaines de jeunes. »

Roubaix envoyée spéciale

« Devant les très hautes grilles du collège Albert-Samain de Roubaix, un adolescent raconte : « Au début, elle est sortie avec B., au Lavomatic. Après, elle s'est fait détourner. » Détourner ? « Ben, trouer par tout le monde, quoi. C'est bien fait pour ceux qui sont en prison. J'aurais été à la place des parents, j'aurais fait justice moi-même. »

« Tous les jours, pendant quatre mois, Clara, 13 ans [1], élève de quatrième à Roubaix, aurait subi des viols collectifs de la part de garçons âgés de 13 à 17 ans et demi. Neuf ont été mis en examen pour viol en réunion et complicité. Trois pour proxénétisme aggravé. Le plus âgé aurait reconnu la gravité des faits mais, selon Emmanuel Riglaire, son défenseur, il « n'avait pas mesuré l'impact ». La fillette était proposée à diverses bandes, entre 2 et 10 euros la passe. Des jeunes se rendaient devant sa modeste maison ouvrière en briques. « Si elle sort pas, on vient vous la chercher », avertissaient-ils quand les parents s'interposaient.

« 88 personnes. Combien étaient-ils ? Clara a d'abord donné une quinzaine de noms aux deux assistantes sociales du collège, les premières adultes à entendre son histoire. Selon ses parents, elle aurait totalisé 88 personnes. Des relations sexuelles, par fellation ou sodomie, lui auraient été imposées dans des usines à l'abandon et des terrains vagues, des sentiers, des caves. « Tous les jours, d'octobre à janvier », estime son avocate, Me Blandine Lejeune. Le 15 janvier, elle est violée au collège Albert-Samain, classé zone d'éducation prioritaire, où elle étudie depuis une semaine. Deux jeunes obtiennent d'elle des fellations, derrière un bâtiment.

« Poussée par une copine, Clara se met pourtant à parler. « Elle avait entendu des garçons se vanter de ce qu'ils obligeaient Clara à faire », raconte une assistante sociale. La copine, enfant réputée « à problèmes », sait à qui s'adresser pour que Clara soit entendue. Elle mesure aussi les risques de représailles dans le quartier.

« Dans le bureau de l'assistante sociale, Clara s'effondre et raconte. Sans grand frère pour la défendre, elle a déménagé deux fois en un an. Et deux fois, elle est « la nouvelle » du collège, d'abord Anne-Frank, puis Albert-Samain. L'assistante sociale décortique la stratégie : « Un garçon la repère. Il lui parle, il est gentil. Elle est touchée qu'on s'intéresse à elle. Il l'isole, un deuxième arrive, et ça y est, c'est fait. » Les deux violeurs laissent passer plusieurs semaines, s'assurent de son silence, reviennent avec leur bande, la frappent. « Dans ce quartier, un des plus difficiles, on a rarement affaire à des actes solitaires. Il y a toujours une reconnaissance de la bande », souligne un enseignant roubaisien, qui parle de l'existence de quelques « familles » et de « banditisme organisé ».

« Trop maquillée. » Les parents, un couple en grande difficulté sociale, voient leur fille changer, mais réagissent à côté. « Ils venaient la chercher ici. Il y avait toujours un prétexte, des devoirs à faire, un rendez-vous chez une soeur », explique sa mère. Le beau-père, qui élève Clara depuis toujours, raconte : « Je croyais à une histoire de racket, mais je voyais pas d'argent disparaître. Clara, elle me parlait sec, comme à un chien. Je m'énervais. Quand je lui disais : "Dis-nous ce qui se passe", elle répondait : "Y a rien." Si on l'enfermait, elle sortait par la fenêtre. » Il poursuit : « Ils lui avaient dit : "Jusqu'à 18 ans, tu es pour le quartier, la Main d'est, et L'Hommelet. Après, ce sera le trottoir, en Belgique. Si elle n'y allait pas, c'est sa soeur de 12 ans, ses petits frères qui devaient dérouiller. Elle était dans un trou noir. » Tous les soirs, Clara fait rempart pour protéger sa fratrie. Le jour, elle donne le change.

« Elle rentrait tard, parfois couverte de boue, une fois le pantalon déchiré à la cuisse, yeux gonflés, une poignée de cheveux arrachés. En rentrant de la pêche au bord du canal, son beau-père l'aperçoit, « entourée par cinq gars ». S'alarme. Plus tard, elle soutient : « Tu as dû voir un sosie. » Sa mère aperçoit un énorme bleu à la cheville. « C'est rien », dit Clara. Tous les jours en rentrant, elle se brossait longuement les dents. « Je me sens fautif », dit le beau-père, effrayé de n'avoir pu agir. Deux fois pourtant, il appelle la police. Il se souvient qu'on lui a fait la morale : « Ils l'ont trouvée trop maquillée. »

« Le père de la pute. » Le 15 janvier, on lui annonce les faits en l'absence de Clara, trop honteuse pour assister à la scène. « À 13 ans, elle a vécu la violence, sans avoir de notions. Pour nous, ces choses, c'était un sujet tabou », souffle le beau-père. Le jour même, Clara est placée en foyer dans une ville tenue secrète. Les premiers suspects sont arrêtés dans les jours qui suivent. Ils risquent entre 10 et 20 ans de prison. Dans le quartier, la rumeur court : « C'est une balance, elle était consentante. » Commence alors l'enfer pour les parents de Clara. « Les gens nous dévisagent. C'est nous les monstres, et eux les victimes. On m'appelle le père de la pute. » Au collège, les élèves de troisième organisent une manif dans la cour pour protester contre l'arrestation de leurs copains. « Elle était consentante », répètent-ils. Aux abords du collège Samain, un garçon : « C'est elle qui proposait. Elle disait : "Viens, je vais te faire des trucs qui vont te plaire." » Des filles : « Elle avait une réputation. On m'avait dit de ne pas traîner avec elle. » Dans le collège, les assistantes sociales se battent en douceur pour inverser la tendance : « En dessous de 15 ans, personne n'est consentant, c'est la loi. Clara, c'est une petite fille. C'est votre petite soeur. Elle souriait, mais elle était morte à l'intérieur. » Quand Clara est partie, deux garçons parmi les suspects avaient déjà jeté leur dévolu sur une autre fille, vulnérable, et sans grand frère. »

Haydée SABÉRAN.

Copyright © Libération 2002.


[1] Le prénom a été changé. (N. d. l'A.)


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-> Protéger le coupable [3]
(1/1) 20 février 2003


FORUM

> Protéger le coupable [3]
20 février 2003 début du forum
La plus belle chanson de Pierre Perret est dérisoire face à tellement d'horreur répétée. On a l'impression d'un acharnement tous azimuts, où les flics eux-mêmes sont complètement à côté de la plaque. D'où vient que je sois si réceptif, si révolté ? Alors qu'en comparaison mon histoire de harcèlement est si insignifiante. J'éprouve une sorte de honte.

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  • > Protéger le coupable [3]
    21 février 2003, par lys des neiges
    pour pétition sur ces horreurs

    c une horreur, car à ce jour bien qu'ayant déménagé cette famille fut retrouvée par les agresseurs (des bandes de roubaix) et sont de nouveau menacés, je voudrai lancer une pétition nationale pr cette famille et pr sensibiliser la population sur les < tournantes des cités et des écoles > je demande votre collaboration merci de m'avoir lu jacqueline

    Répondre

    • > Protéger le coupable [3]
      25 février 2003, par Didier

      Bonjour Jacqueline,

      Je m'attendais à tout sauf à votre message. Comme beaucoup de gens sans doute, je m'imaginais que les épreuves de cette famille étaient terminées, et qu'elle bénéficiait d'une protection de la police.

      A posteriori, la poursuite des attaques contre les victimes apparaît pourtant évidente, et constitue un élément de confirmation des observations que nous tentons précisément de réunir dans cette série d'articles. Comme quoi, on peut ne pas croire soi-même à ce qu'on a pourtant sous les yeux, ou ne pas être capable de prédire l'évidence.

      En ce qui concerne votre pétition, le mieux est de centraliser les réactions sur un site unique. Le vôtre, en l'occurrence, est plus indiqué que le nôtre, qui n'est pas centré sur le viol mais sur le harcèlement. Néanmoins, je relaierai son adresse pour plus de clarté :

      http://groups.msn.com/chezkellie/

      Il existe des logiciels, comme Spip, permettant de gérer des pétitions sur l'internet. Mettez bien votre pétition en évidence dans la page d'accueil, votre site m'est apparu un peu fouilli, si j'ose me permettre. Si la famille souhaite témoigner, compléter l'information de l'article de Mme Sabéran, contactez-nous par courriel.

      Didier.

      Répondre

    • > Protéger le coupable [3]
      26 février 2003, par lys des neiges
      réponse à Didier

      Bonsoir Didier,

      Je suis très heureuse de votre réponse, et ne manquerai pas de faire le nécessaire au plus vite, effectivement notre communauté a pris une extension assez subite et suis en plein travail pr l'éclaicir, je vous tiendrai au courant, merci pour votre aide, j'ai mis votre lien sur ma communauté et suis à votre entière disposition pour toutes actions.. Jacqueline

      Répondre

      • > Protéger le coupable [3]
        30 octobre 2004, par VICTORIA

        MOI JE DIT CE Q'UELLE AFAIT EST PAS BIEN MOI A çA PLACE J'AURAI AGI AU PLUS VITE

        Répondre

    • > Protéger le coupable [3]
      25 mars 2003
      le courage de cette fille

      Je suis d'accord avec vous car cete fille qui a été violée par des barbares et qui a eut le courage de dénoncer les viols à répétition de la part de barbares . Ils sont harcelés par les jeunes qui veulent se venger et les politiques ne bougent pas ou à peine ,On dirait qu'en France c'est la victime qui est coupable et non les auteurs ,quand j'entends les droits de l'hommiste critiquaient les loi Sarkozy et non les auteurs de viols collectifs qui font du mal ils me font rigoler . Je soutiens cette famille qui a le courage de dénoncer ce harcélement de la part de monstres La france les pays des droits de l'homme ? ? ? ? ? ? ? ? ? ? ? ?

      Répondre

      • > Protéger le coupable [3]
        1er juin 2004, par une victime de harcélement révoltée

        C vrai que c souvent la victime qui est considérée comme coupable par les agresseurs. Dans de nombreuses affaires de pédophilie les agresseurs ADULTES se défendent en parlant du CONSENTEMENT de gamins de 12, 11 ou 10 ans ! ! ! ! ! ! ! ! ! ON CROIT REVER ! ! ! !

        Répondre

Didier
-rédacteur