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« La direction est embarrassée »
La République du Centre titre en une sur les tribulations de la formation Restauration du mobilier d'Art du centre AFPA de Chartres. Un article de Carole Tribout occupe une pleine page de l'édition du 20 juillet 2004. Nous le transcrivons ici dans son intégralité.
« Une plainte pour harcèlement moral vise une formation de l'AFPA de Chartres »« La formation en restauration de mobilier d'art de l'AFPA de Chartres est menacée. Elle ne survivra peut-être pas au départ à la retraite (qui n'est pas encore programmé) de son créateur et unique formateur, Claude Berthier, 57 ans. C'est en tout cas ce que laisse entendre le directeur local de l'AFPA, Bernard Vitrac. « Un ancien stagiaire de la promotion 1998-99, [Crypto], a, en effet, écrit au procureur de la république de Chartres, en mars dernier, pour dénoncer des faits de harcèlement moral. Il s'estime détruit par ce stage : « Pendant longtemps, j'ai dû attendre la nuit pour sortir mon chien. » Il lui a fallu tout ce temps pour réaliser qu'il était victime et il entend aujourd'hui dénoncer pour se libérer. « Cette plainte n'est une surprise pour personne à l'AFPA et dans le petit monde de la restauration de mobilier d'art : L'ancien artisan s'épanche longuement depuis 2002, sur le site Internet www.harcelement.org, où il a recueilli des témoignages d'autres stagiaires qui vont dans son sens, même si tous ne parlent pas de harcèlement moral. Un site connu de tous dont Claude Berthier informe ses stagiaires dès le début de la formation. « Pour l'instant, l'enquête n'a commencé qu'au niveau interne. Et l'AFPA nationale n'a pas encore pris position. Elle étudierait cependant la possibilité de porter plainte contre l'auteur du site Internet. »
« Embarras »« Reste que Bernard Vitrac pense que sa direction est embarrassée par cette affaire. L'image de l'AFPA et de la formation en pâtit. La formation - qu'aucun autre centre AFPA ne propose en France - est certes reconnue, mais elle comporte aussi des inconvénients. Il faut par exemple assurer le mobilier prêté par les musées aux élèves. « Claude Berthier, le formateur, ancien meilleur ouvrier de France, est défendu par la direction locale : « C'est le formateur, l'expert pédagogique, l'unique responsable des achats, l'interlocuteur des musées... » Mais celle-ci ne cache pas non plus sa gêne. Depuis l'existence du site, des aménagements sont survenus. »
« Une pédagogie exigeante »« L'atelier de la formation a été rapatrié en 2002 dans l'enceinte de l'AFPA pour rompre l'isolement des stagiaires. Le dernier formateur à partir ferme les locaux à clés : ainsi les élèves ne sont plus incités à travailler jusqu'à minuit, au rythme de 70 heures par semaine. Le « defriefing », réunion très matinale où les stagiaires étaient amenés à confronter (souvent vivement et longuement) leur point de vue, a été remplacé par une réunion plus courte et plus neutre... « C'était une démarche fondée, mais elle a été abandonnée », admet Jean-Jacques Taureau, responsable des formations, qui parle d'une méthode pédagogique intransigeante et exigeante utile à un métier dur, exercé par des artisans autonomes qui doivent faire des choix difficiles concernant des meubles inestimables : « Nous n'avons pas de preuve de harcèlement moral. » Bref, l'AFPA a mis un terme à tout ce qui pouvait entraîner des dérives propres à une communauté de 15 stagiaires encadrés par un seul formateur vivant en autarcie. »
« Des élèves de tous les horizons et de tous les âges »« Les élèves actuellement en stage avec Claude Berthier ne s'estiment pas, en tout cas ceux que nous avons interviewés, harcelés. Bien au contraire : ils apprécient une rigueur qu'ils sont venus chercher. « Florence, 43 ans, apprend un métier tout à fait neuf pour elle : Elle était maître de conférence en biologie à la faculté de Lille, et elle a profité de la mutation de son mari pour s'essayer à la restauration de mobilier d'art. « Je suis tout à fait contente. Je n'ai pas regardé le site Internet pour me faire une idée par moi-même. C'est bizarre cette rancune pendant sept ans... Je sais cependant par expérience que dans les petits groupes, il n'y a pas d'effet de compensation : c'est un risque. Et c'est difficile de gérer quelqu'un qui ne marche pas bien. » Florence aimerait trouver un patron, ensuite, pour parfaire son apprentissage. « Grégory, 21 ans, vient de la lutherie : « Plus c'est droit, mieux c'est. J'ai trouvé ce que je cherchais. Je viens du sud. Je suis logé à l'AFPA, c'est impeccable. » Lui aussi compte travailler chez un artisan après la formation. « Jean-Paul, 57 ans, était anciennement commercial dans le textile, un secteur en déperdition. « C'est une formation qui me convient très bien, que l'on a beaucoup de mal à obtenir, qui a très bonne réputation. Pour celui qui a l'habitude de travailler, il n'y a aucun problème. Ce n'est pas dur du tout et si je pouvais en avaler plus, je le ferais. J'estime que j'ai beaucoup de chance. Il faut aimer cela et y passer du temps » raconte ce presque sexagénaire qui espère se mettre à son compte à l'issue de sa formation. »
« D'anciens stagiaires dénoncent »« [Crypto] a du mal à pointer des faits de harcèlement moral lors du stage qu'il a suivi en 1998-1999 à l'âge de 33 ans. Il souligne l'infantilisation contre laquelle il s'est vite rebellé. La culpabilité que l'on a fait peser sur lui quand il a demandé que les horaires de travail soient affichés. Il se souvient de l'absence de vie personnelle des stagiaires, logés sur place, incités à travailler tard, à rester le week-end. « D'autres stagiaires - qui ne comptent pas entamer de démarches - sont plus fermes dans leurs propos : « On était tous sous Prozac à la fin. Il nous pousse à une grande fatigue. Les stagiaires, en reconversion, sont en état de faiblesse. J'ai fait une énorme dépression un an après. J'étais sa souffre douleur, sa bête noire. Il y a de la malveillance... » dit une ancienne élève qui, restauratrice, veut rester anonyme : « Je n'ai pas envie de me griller. » « [Crypto] n'a pas tort. Mais il faut passer à autre chose. Et puis c'est plus ou moins comme ça dans les ateliers » estime un autre ancien. « C'est vrai que ce n'était pas une année facile. Je suis ressortie cassée car plus personne ne m'adressait la parole. J'aurais préféré qu'il y ait plusieurs formateurs » raconte une autre condisciple de [Crypto]. « Je pense que cela relève en effet du harcèlement moral. Claude Berthier doit utiliser la technique de la programmation neuro linguistique à l'envers. Mais sa formation est connue et reconnue. C'est l'une des rares à ce niveau. Elle a fait ses preuves » souligne un stagiaire en cours d'installation. »
Carole TRIBOUT. Copyright © La République du Centre 2004.
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